Seule dans le noir N°2

Aujourd’hui, j’ai entendu une jeune femme exprimer sa peur d’être seule dehors la nuit. Elle a entendu des témoignages d’agressions sexuelles sur son campus et n’ose plus y retourner la nuit, de peur d’être prise pour cible. Je me suis complètement reconnue dans ses propos car ils ont fait écho à des craintes que j’ai pu intérioriser au fil des années. Et cet écho m’a appelée à la révolte. Je n’ai pas à me laisser abattre par ma crainte, je n’ai pas m’empêcher de vivre parce qu’il m’arrivera peut-être quelque chose de terrible simplement parce que je suis une femme. C’est cette raison même qui est effrayante. Quand on est une femme, simplement parce que nous sommes une femme, nous nous sentons en danger la nuit. Il pèse sur nous ce doute qui est proportionnellement lourd aux centimètres de peau qui peuvent être vus.

C’est réel et c’est ce qui est effrayant. Nous pensons toutes à comment nous allons rentrer, à quelle heure, par quel chemin et tout ceci pour savoir comment nous allons nous habiller. Si nous rentrons à pieds, à 4h du matin, la petite robe de soirée et les talons ne seront pas adaptés, non pas à la marche mais à la nécessité de se protéger d’une potentielle agression. Aujourd’hui, j’y pense beaucoup moins, même si cela reste toujours présent dans un coin de ma tête. Aujourd’hui, j’ai envie de ne plus subir ces craintes.

Une chose qui me semble essentielle à préciser est que ce n’est pas parce que nous nous sommes habillées de telle ou telle façon que nous méritons d’être agressées. Ce n’est pas non plus parce que nous prenons tel ou tel chemin que nous nous sommes exposées à un danger. Nous ne méritons jamais ce qui nous arrive lorsque nous sommes sexuellement agressées. Si la réaction des proches est parfois de vous dire que vous n’auriez pas du vous habillez ainsi, passer par là, rentrer à telle heure ou simplement sortir de chez vous par les temps qui courent, c’est la très mauvaise expression de leur inquiétude. Alors si vous êtes un de ces proches et qu’instinctivement vous auriez répondu cela, sachez que vous culpabilisez une victime et que vous ne l’aidez aucunement à reprendre possession de son corps et de sa vie.

Cette crainte des agressions sexuelles lorsqu’on est une femme s’inscrit aussi dans une société qui protège mal la moitié de sa population. On le voit à travers les féminicides, qui continuent d’être perpétrés malgré la révolte. Quand une femme appelle à l’aide, exprime sa peur de mourir sous les coups de son mari, rien n’est jamais fait d’assez concret. Et c’est aussi ce qu’implique le fait d’être une femme, en France, aujourd’hui. Cela contribue évidemment à maintenir un climat presque anxiogène d‘insécurité. Alors on se dit qu’il faut se protéger soi-même, revendiquer nos droits, exprimer cette crainte qui nous suit au quotidien pour qu’un jour peut-être, elle ne soit plus si consistante.

Je voulais finir cet article sur une note positive, en vous disant que si c’est difficile, il ne faut pas se laisser consumer par ses peurs. Je fais le parallèle avec les attentats, qui ont confinés certaines personnes chez elles et qui les ont empêchés de se rendre dans des événements avec de grands rassemblements. Si on succombe à cette crainte, on ne vit plus et quelque part on donne raison aux potentiels auteurs. On n’a qu’une vie et c’est hors de question qu’on vous la gâche.

Photo by Todd Diemer on Unsplash

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