Guide n°4

Ce quatrième guide concerne une question que je me suis longuement posée durant mon adolescence. J’ai toujours été très tolérante, ouverte d’esprit, toute qualification qui implique de ne pas juger son prochain. Aujourd’hui, je ne parlerais plus de tolérance mais d’absence de jugement. Mais à cette époque, je n’avais pas cette notion donc je vous livre mon guide comme je l’ai construit : Je ne tolère pas l’intolérance .

La tolérance était une notion plutôt floue pour moi lorsque je l’ai découverte puisque je n’en connaissais pas les limites. C’est bien beau de nous apprendre qu’on doit tolérer les autres mais jusqu’à quel point ? Cette question n’est pas sortie de nulle part. Dans notre société, et dans bien d’autres mais je ne parlerai que de ce que je connais, certaines personnes tiennent des propos choquants. L’éducation que j’ai reçu m’a appris à ne pas juger sans connaître. Donc en plein milieu de l’adolescence, forcément, je me suis posée des questions. Ces réflexions choquantes et absurdes tant elles sont intolérantes ont questionné la position que je devais adopter. D’un côté, je me disais que je ne devais pas juger, que je devais laisser à chacun l’opportunité d’exprimer son point de vue, et d’un autre côté, je ne pouvais pas laisser ces personnes mener ce discours sans réagir instantanément.

J’ai entendu énormément de propos misogynes, que je ne savais pas être misogynes à l’époque, et qui m’ont dérangés sans que je puisse savoir réellement pourquoi. La société semblait les accepter sans problème donc j’ai eu du mal à en arriver à l’élaboration de ce guide. Si je m’efforçais d’être tolérante, je me rendais compte, de plus en plus, que les autres ne faisaient pas forcément cet effort. Au fur et à mesure, j’ai aussi compris que ne pas être tolérant n’était pas réservé aux racistes et aux homophobes. Chaque membre de votre entourage peut tenir un discours intolérant, que je qualifierais aujourd’hui comme rempli de jugements, sans en avoir conscience.

Comment cela est-il possible ? C’est extrêmement simple. Nous sommes tous pétris de convictions, qui à la fois émergent de notre environnement et façonnent la manière dont nous appréhendons cet environnement. Et parfois, ces convictions guident les discours et s’expriment avant qu’on ait pu prendre du recul sur la situation. Si on croit fermement à la non-existence de dieu par exemple, on exprimera plus facilement cette conviction dans une discussion à propos de la religion plutôt que de laisser s’exprimer sa curiosité et prendre du recul sur nos croyances personnelles. De même, si on est convaincu que les femmes doivent avoir des rapports sexuels uniquement avec les personnes dont elles sont amoureuses, alors cette conviction prendra le pas sur la compréhension d’autrui dans une conversation à propos des relations sexuelles des femmes. Et sous couvert de croyances personnelles, on ne respecte plus celles des autres.

Alors voilà, j’ai fini par entendre cette phrase “je ne tolère pas l’intolérance”. Elle a fait tilt dans ma tête. J’ai su que j’allais poser ma limite ici et cela m’a soulagée. Quand on est tolérant, il n’y a rien de plus frustrant que d’entendre des propos qui ne le sont pas. Cet effort que nous faisons, au début de notre vie d’adulte, pour ne pas juger les croyances, les convictions ou les manières de faire qui sont différentes des nôtres, nous nous attendons forcément à ce que les autres le fassent aussi. Et c’est là que le bat blesse. Mais ne nous en faisons pas, tant que nous savons que nous ne pouvons pas tolérer l’intolérance, il est bien plus facile de réagir correctement face à ce manque d’effort.

Je crois très fortement que si nous montrons aux gens une autre vision du monde que la leur, nous pouvons changer leur point de vue et leurs comportements. Ce n’est pas mon but ultime, cependant j’ose espérer qu’un jour l’absence de jugement sera la norme. En attendant, il y a beaucoup d’intolérance, plus ou moins flagrante et si comme moi vous ne pouvez pas tolérer cela, je vous invite à le faire remarquer gentiment à la personne. Parfois, il arrive que nous ne nous rendions pas compte de la portée de nos paroles, que nous ne mesurions pas la gravité du propos que nous tenons et c’est en recevant une critique constructive que nous pouvons réviser ceux-ci.

Dites-moi ce que vous pensez de tout ça, parce que c’est une des choses qui guident mes réflexions et mon rapport aux autres et à moi-même. Peut-être que vous avez un guide vous-même, que vous souhaitez partager avec moi. Je serais ravie de lire ça en commentaires !

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2 commentaires sur “Guide n°4

  1. A partir du moment où on comprend qu’il n’y a ni norme, ni vérité, ni bon chemin, on est ouvert à l’autre dans le non jugement, la non violence, la bienveillance (c’est un mot que j’aime de plus en plus).
    Cela s’acquiert. Nous jugeons tous plus ou moins et nous pouvons apprendre à moins le faire. Parce que ça ne sert pas le monde.
    Quant à la tolérance, c’est un mot avec lequel j’ai un peu de mal. Littéralement parlant.

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis d’accord ! Le mot tolérance est trop restrictif, c’est pour cela que je préfère parler de bienveillance aujourd’hui. C’est d’ailleurs dans la bienveillance que j’interagis au maximum avec les autres. Et je dirais que la norme existe, ayant une représentation psychologique du monde, mais que ce qui en sort est toujours extrêmement intéressant. Un individu banal n’est finalement pas très intriguant !

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