Avoir peur de souffrir

Dernièrement, plusieurs personnes m’ont parlé de ne pas se dévoiler par peur d’être blessées. J’ai connu ce sentiment et je m’en suis débarrassée depuis quelques années maintenant. Il est ancré en chacun de nous. S’il est justifié, je ne pense pas qu’il soit sain. Il nous mène à nous renfermer et à nous créer une personnalité de façade pour ne pas exposer ses failles. Et en enfouissant tout ce qui pourrait nous faire souffrir, nous nous affaiblissons un peu plus.

J’ai longtemps ressenti cette nécessité de ne pas s’exposer entièrement, sous peine d’être détruite. La société ne nous autorise pas toujours à nous montrer sous notre vrai jour et elle passe par le regard de nos parents, de nos amis, de notre conjoint voire même de nos enfants. Alors nous nous cachons, pour ne pas avoir à souffrir du regard et surtout du jugement des autres. Seulement voilà, se cacher n’arrange rien. Quelqu’un finit toujours par savoir quelque chose, parce que c’est trop difficile de faire semblant tout le temps. La vérité finit toujours par éclater et lorsqu’on l’a trop longtemps caché, cela devient réellement destructeur. On ne sait plus comment gérer tout ça.

Alors ne nous enfermons pas derrière quelqu’un que nous ne sommes pas. Nos failles font non seulement notre charme mais surtout notre force. Si vous ne permettez pas aux autres de vous attaquer là-dessus, ce qui vous aura blessé et rendu « faible » ne pourra jamais être utilisé contre vous. Je ne vous préconise certes pas de raconter vos secrets les plus sombres à tous ceux que vous rencontrerez, ce serait tout de même une approche assez particulière. En revanche, ne gardez pas toute cette part d’ombre, si le sujet est amené dans la discussion.

Vous n’osez pas dire que vous avez pris quelques kilos ? Vous ne voulez surtout pas que les gens le remarquent ? Dites-leur, ils l’intégreront ou non et ce ne sera plus sujet à discussion. Lorsqu’ils vous feront une remarque maladroite, cela vous fera moins de peine puisque ce sera déjà un fait établi. Peut-être que cela vous ennuie, personnellement, mais c’est un problème avec vous-même et non un problème aux yeux des autres. De même, si vous n’osez pas dire à une personne qu’elle vous plaît, que vous avez des sentiments pour elle, comment voulez-vous avancer ? Dites-lui, assumez ce que vous ressentez et non seulement vous permettrez à l’autre de le faire aussi, mais surtout personne ne pourra plus vous ennuyer avec ça puisque vous l’aurez dit.

J’ai pris ces exemples parce que ce sont les plus flagrants qui me viennent à l’esprit mais si ceux-ci vous semblent légers, ces conseils s’appliquent à tout le reste. Que vous soyez malade, que votre cousin soit en phase terminale de cancer ou que vous ayez fait une fausse couche, taire ce qui vous touche ne fera qu’aggraver la situation. Parce qu’en parler aux autres c’est aussi pouvoir évaluer leur réaction. Ce que je ressens comme si terrible et si blessant, comment les autres s’en saisissent ? La réaction de vos proches vous permettra de combler cette faille et d’en faire une force. Si vous réussissez à parler de ce qui vous touche profondément, personne ne pourra vous attaquer dessus. Vous assumez ressentir de la peine, de la souffrance ou de la honte. Ce sont des choses que d’autres ont sans doute vécu, ressenti, expérimenté. Et c’est en exposant ce qui pourrait nous blesser encore plus que vous n’en souffrirez que moins.

Les premières fois sont difficiles, parce qu’on a peur de souffrir et d’être rejeté. Je vous disais qu’en parler à vos proches vous permettra de vous sentir mieux mais il arrive parfois que ce ne soit pas le cas. Certains proches vous jugeront, vous feront énormément de mal et s’éloigneront de vous. Ces proches, ne les retenez pas. S’ils ne sont pas capables de rester à vos côtés quand vous leur livrez vos blessures les plus profondes, ils ne vous apporteront rien de bon, bien au contraire. Ces personnes rendent parfois plus compliqué le fait de se confier. Mais ne vous arrêtez pas à cela. Surtout, rappelez-vous qu’une fois cette blessure assumée au grand jour, plus personne ne pourra appuyer dessus. Plus vous en parlerez, moins elle sera douloureuse.

Enfin, si ne pas parler de ce qui nous meut ne nous aide pas, cela n’aide pas les autres non plus. Voir quelqu’un le faire nous donne envie de le faire à notre tour. Si cette personne peut le faire, pourquoi pas moi ? Et si nous ne gardons plus ce qui nous semble honteux, pénible ou trop compliqué à gérer, alors nous souffrirons moins. La peur du jugement nous bloque. Alors dites-vous qu’en parlant de tout ça, vous aiderez les autres à ne pas se sentir jugés. Vous leur racontez ces choses qui vous ont tourmenté, ce qui veut dire qu’ils peuvent à leur tour les raconter, dans vos échanges ou dans d’autres.

Je sais combien tout ceci est facile à dire et si compliqué à faire ! Je l’ai vécu et le conseil que je peux vous donner est celui d’y aller doucement, en choisissant avec soin la première personne à qui vous en parlerez. Petit à petit, cela deviendra plus facile et vous finirez par pouvoir parler de tout, à tout le monde. Essayez et vous finirez par vous sentir mieux. Vous n’aurez plus peur de ce qui vous a blessé et surtout, cela aura fait de vous quelqu’un de plus fort, de plus intéressant et de plus averti.

Réussissez-vous à partager ce qui pourrait vous blesser ? Ou au contraire, gardez-vous tout pour vous, en espérant que personne ne le sache jamais ? Dites-moi ce que vous pensez de tout ça !

 

Photo by MILKOVÍ on Unsplash

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2 commentaires sur “Avoir peur de souffrir

  1. Oh la la comme ce texte me parle. Je suis pour partager aussi nos zones d’ombres, nos blessures. Elles font notre humanité. Et font partie de notre construction.
    Justement j’écrivais sur les sujets tabous hier. Ça se rejoint un peu.
    Moi j’ai passé 32 ans de ma vie à cacher mes émotions, sentiments, états d’âme parce que j’ai été élevée comme ça. Et puis un jour j’ai dû faire face à quelque chose de très difficile. Alors j’ai lâché la parole. Et je me suis rendue compte que déjà c’était positif, que je reprenais forme humaine (!) et que cela pouvait aussi aider les autres à poser leurs maux.

    Aimé par 1 personne

    1. Ça me touche de savoir que ce texte trouvé écho en d’autres ! Et en même temps je trouve cela dommage puisqu’en effet, je pense que c’est relatif à l’éducation que nous avons reçu. C’est intéressant de savoir qu’on peut se sentir déshumanisé par cela. Quant aux sujets tabous, je lirai avec plaisirs ces écrits s’ils sont destinés à être partagés !

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