De l’importance de la détermination

Depuis notre plus jeune âge, on nous demande ce que nous souhaitons faire quand nous serons grands. Cette question est centrale dans notre développement. Plus on avance et plus cette question devient sérieuse. On se doit d’y répondre au mieux, tout en ne sachant jamais vraiment ce qu’on attend de nous. A sept ans, sait-on ce qu’on fera quand on en aura trente ? Les adultes veulent des réponses mais des réponses standards. Attention, un métier qu’ils ne connaissent pas n’existe pas. Et c’est là qu’entre en piste mon expérience personnelle.

Depuis mes neuf ans, je veux être criminologue d’Antiquité, spécialisée dans l’Egypte antique. J’ai toujours été passionnée par cette civilisation. Je collectionnais les bouquins, je me renseignais autant que possible à ce sujet et j’étais persuadée que je travaillerais là-dedans plus tard. « Mais tu sais ça ne paye pas et ce sont de longues études. » Et alors ? A neuf ans ce n’était pas un argument pour moi. On me demande ce que je veux faire et c’est ça. « Criminologue d’Antiquité ? Mais ça n’existe pas, où est-ce que tu as vu ça ? » Bien sûr que cela existe, je ne l’ai pas sorti de mon chapeau. « Trouve autre chose, quelque chose de plus réaliste. » Non. C’est ce que je veux faire.

A neuf ans, on ne se rend pas compte du poids de ces remarques. Lorsque j’ai été lassée de ces remarques, j’ai commencé à dire que je voulais être médecin. Et l’idée passait bien mieux. Les conseillers d’orientation étaient plus conciliants, entendaient mieux ma demande. Aujourd’hui, tout ceci me dégoûte. On s’acharne sur chaque enfant pour savoir ce qu’il veut faire de sa vie et quand il sait, on lui dit simplement que ça n’existe pas. Un enfant fantasme, imagine et ne vit pas dans la « vraie vie ». Alors pourquoi s’acharner ? Et si on les laissait grandir, ces enfants ? En évoluant, ils finiront par faire quelque chose de leur vie. Je ne vous parle même pas de tous ces adultes qui ne savent pas ce qui les épanouirait, qui travaillent pour nourrir leur famille et qui sont coincés et perdus dans leur travail.

Durant mon adolescence, j’ai laissé tomber l’idée d’être criminologue d’antiquité. Cette aspiration était devenue trop lourde à porter. Hormis mes parents, tout le monde s’était ligué contre elle. Ce métier n’existe pas, on ne sait pas comment m’orienter et mes pairs pensent que c’est trop élitiste, puisqu’ils ne savent pas ce que c’est. Expliquer encore et encore fatigue. J’ai gardé cette idée tout au fond de moi et je l’ai barricadée derrière des ambitions plus acceptables pour la société. Je voulais être médecin légale, je voulais être psychiatre, pourquoi pas psychologue. Ces termes-là, tout le monde les connait et je n’ai pas besoin de les expliquer. Je me suis dirigée dans ces voies, sans réfléchir à ce qui comptait au fond.

Aujourd’hui, j’ai ravivé cette aspiration. Elle est revenue et j’en suis ravie. Au cours des années, j’en ai construit une autre mais si similaire qu’elle ne cache en rien la première. J’ai toujours été déterminée à faire de criminologie. C’est là où j’en suis aujourd’hui et j’en suis extrêmement heureuse. Je retrouve cette petite fille de neuf ans, avec ses étoiles dans les yeux et ses ambitions incomprises. Elle est là et s’extasie devant tout ce que j’ai obtenu et ce qu’il me reste à obtenir. J’ai passé cinq ans à ne pas savoir ce qui m’attendait au bout. Je n’ai jamais voulu être psychologue en cabinet, je n’ai jamais voulu recevoir des gens en thérapie. Et c’est encore ce derrière quoi j’ai du barricader mes réelles aspirations puisque, en France, elles n’existent pas.

« Le profilage n’est pas comme aux Etats-Unis, faut arrêter de prendre les séries pour la réalité. » Encore un coup, encore des explications à fournir. Quand on a un rêve, on essaie sans cesse de nous le retirer, de le briser pour qu’on se conforme à ce que la société attend de nous. C’est la même chose en écriture, d’ailleurs. Qui ne souhaiterais pas vivre de sa passion ? Il n’y a rien de plus satisfaisant que de faire ce qu’on aime. Et pourtant, on ne cesse de demander aux jeunes écrivains de ne pas se faire d’illusions, de chercher un vrai travail, parce que le leur n’en est pas un. C’est sans doute pour cela, et parce que j’ai d’autres aspirations pour ce qui sera mon travail, que je n’ai jamais écrit dans le but de publier. Mais je continue d’écrire parce que c’est ce qui me fait vibrer.

Nos aspirations sont toujours mises à mal, soumises à la critique et au jugement de nos pairs et de la société. C’est là qu’intervient la détermination. Si j’ai du plier pendant quelques années, si je dois encore plier parfois aujourd’hui, jamais je ne laisserai quelqu’un briser mes rêves. Cela demande beaucoup d’effort et certains diront que nous n’obtenons jamais rien sans rien. Mais je trouve réellement dommage que tout un chacun s’évertue à désagréger les rêves de son prochain. Ne vous laissez jamais abattre. Si le chemin est difficile, si vous devez plier parfois parce que la société agit indubitablement et inévitablement sur notre avenir, ne vous laissez jamais abattre. Au fond de vous, vous savez. C’est votre détermination qui vous aidera à surmonter tout ça. J’ai du passer par quelques années difficiles mais aujourd’hui je sais que cela en vaut la peine ! Et surtout, je sais que je me rapproche chaque fois un peu plus de mon rêve que je chéris depuis mes neuf ans.

La détermination n’est pas d’imposer au monde ce qui vous passionne. Ne criez pas sur tous les toits que votre rêve est réalisable, mettez tout en œuvre pour le réaliser. Si vous devez faire croire à d’autres qu’il est différent, si vous devez donner aux autres une voie qui leur semble plus plausible, alors faites-le. L’important est que vous gardiez votre aspiration dans un coin de votre esprit et que vous fassiez tout ce qui est nécessaire pour l’atteindre. Et c’est dans ces cas-là que la détermination est primordiale. Vous n’avez pas besoin de convaincre les autres, simplement de vous réaliser. Vous êtes le seul à pouvoir porter votre rêve. Les autres vous soutiendront au mieux mais essayeront de vous « ramener à la raison » souvent.

Photo by Hu Chen on Unsplash

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