Nuit Blanche – 3

En haut de la pente, tu t’arrêtes un peu. T’as passé le plus dur. Après ça, c’est à peu près tout droit. Tu t’épuiseras moins. L’arrêt de tram attire ton regard et tu hésites à attendre le premier de la journée. Mais il arrive dans trop longtemps et tu ne peux pas t’endormir là. T’as envie d’être au chaud, dans ton lit. Seule parce que tu n’as ramené personne. T’aurais eu envie de baiser, sans doute. Mais tu te dis que ce sera un souci en moins demain matin. Tu penses à ton lit, à la douceur de ses draps et au poids de ta couette sur ton corps. T’as envie de poser ta tête sur ton oreiller, de longuement soupirer et de te sentir enfin en sécurité. Tu veux sombrer dans un sommeil sans rêve et sans fin. Tu es fatiguée, tu n’en peux plus. Tu auras peut-être du mal à t’endormir et tu finiras probablement par fermer les yeux au-dessus de la cuvette. Tu seras réveillée par la morsure du froid mais tu ne pourras pas encore rejoindre ton lit. L’instant où tu voudras te lever, ton estomac voudra, lui, encore se vider. Tu vomiras encore le lendemain, encore à moitié endormie. T’auras un mal de crâne qui ne partira qu’avec une bonne douche et un plat de pâtes. Mais demain, t’aimerais bien ne jamais le vivre.

La lumière des lampadaires devient blanche. Le jaune a disparu et quand tu regardes tes mains, elles paraissent translucides. Trop blanche. Heureusement que t’es bonne parce que t’es vraiment pas si belle que ça. Tu passes enfin au-dessus du périphérique. Des voitures y circulent jour et nuit. Tu passes dans un petit tunnel. Le vent s’y engouffre et l’angoisse revient. Tu détestes croiser quelqu’un ici parce que tu as peur de ne jamais ressortir. Tu sais que tu n’as pas le choix et pourtant tu as l’impression de marcher vers ta mort. Soudainement, tu penses à ta famille. Ceux sont eux qui t’aiment inconditionnellement. Ceux sont eux qui te déchirent vraiment.

Tu aimerais qu’on te dise ce qui est important. Tu as besoin d’un principe invariable auquel te raccrocher quand ton monde s’effondre. Le dernier en date s’est fissuré. Alors aujourd’hui, tu te retrouves perdue, suspendue dans le vide sans prise pour t’étayer. Soudainement, tu es presque devant ta porte. Le tunnel a disparu. Les dernières minutes sont englouties dans le néant et jamais tu n’auras besoin de t’en souvenir. Mais tu es là, ça y est ! Tu peux rentrer, vomir et pleurer. C’est tout ce qu’il te reste à faire. Tu as besoin de compagnie comme jamais et la solitude est étouffante.

Elle est toujours là. Elle ne s’en ira pas. Sauf peut-être avec lui. C’est un peu moins pire quand tu lui parles. Et parfois, j’ose espérer que c’est vraiment mieux. Tu ne veux pas le perdre, jamais. Tu n’oses pas espérer. Tu voudrais que ça marche. Il pourrait te soutenir et te sortir de là. Prendre ta main et te sortir du vide. Il t’a déjà montré à quelle point la vie pouvait être belle. Alors pourquoi pas encore et pourquoi pas toujours ? Tu as terriblement peur que quelque chose se passe mal. Tu es terrifiée à l’idée qu’il te laisse, quand tu sais que tu ne pourras jamais le laisser lui. Cette désillusion ne peut jamais avoir lieu. Elle crèverait définitivement ton cœur.

3/3

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s