Gwendy et la boîte à boutons de Stephen King et Richard Chizmar

Il s’agit d’un roman très court, puisqu’il fait exactement cent cinquante-six pages. Il comporte douze illustrations en noir et blanc de Keith Minnion, qui apportent à la lecture une ambiance particulière. Je ne suis pas fan en général des romans illustrés, mais ici elles ne sont pas nombreuses et illustrent à chaque fois un élément important du chapitre qui vient de se terminer. De plus nous ne sommes pas obligés de les contempler longtemps et nous pouvons les ignorer facilement. En résumé, ce roman raconte l’histoire de Gwendy qui reçoit un jour une boîte étrange de la part d’un homme mystérieux, dans laquelle sont incrustés des boutons de différentes couleurs. Puisque le roman est court, cela suffit amplement pour le résumer. La suite me permettra de discuter du texte et surtout de vous donner mon point de vue.

Ce qui m’a frappé a été tout d’abord la confusion avec la réalité. Au tout début du roman, Gwendy arrive en haut des marches des suicidés et trouve là un homme qui lui est étranger, portant un chapeau rond noir. Ce dernier s’adresse à elle et la crainte s’empare de son esprit. Que lui veut-il ? Comme tout enfant normalement éduqué, elle émet quelques réticences à entamer une conversation avec un complet inconnu. Cela est cependant balayé d’un revers de la main avec une logique implacable : si nous échangeons nos prénoms, nous ne sommes plus des inconnus ! L’homme gagne rapidement la confiance de Gwendy et c’est alors qu’il lui confie cette boîte en acajou. Il rajoute qu’il la lui confie spécifiquement parce qu’elle est spéciale.

On ne comprend alors pas bien pourquoi elle est spéciale et on ne le comprendra jamais vraiment. Peut-être est-ce parce qu’elle n’appuiera que deux fois sur le bouton rouge ? La première fois par curiosité, pour savoir s’il fonctionne vraiment, et la seconde dans l’intérêt public selon elle. Mais une autre théorie s’est dessinée dans mon esprit, moins concrète et qui n’a tenu la route qu’un instant.

Si Gwendy était morte, en haut de ces marches, au début du livre ? L’homme avec un chapeau noir aurait alors été une représentation de la mort. Il disparaît d’ailleurs très rapidement en bas des marches après lui avoir laissé la boîte, ne laissant que son chapeau derrière lui. Mais quand la jeune fille reviendra, il aura lui aussi bel et bien disparu. A partir du moment où Gwendy a la boîte en sa possession, tout s’arrange. Elle commence à maigrir grâce aux petits chocolats qu’elle prend d’abord quotidiennement puis de moins en moins souvent. Ses parents arrêtent de boire et redeviennent amoureux, quand ils s’étaient tant éloigné qu’aucun retour en arrière ne semblait possible. Si elle avait déjà des bonnes notes à l’école, elle en obtenait des meilleures. Elle ne perdait plus à aucun jeu, était devenu une athlète de haut niveau. Tout semble aller non pas pour le mieux mais parfaitement. C’est alors légitime de se demander si l’homme en noir ne lui a pas donné une boîte en acajou qui serait en fait un cercueil en acajou. Grâce à ce cercueil et donc finalement à a mort, Gwendy aurait retrouvé une vie parfaite. On suivrait les pérégrinations de son âme dans un monde après la mort. Comme si l’au-delà n’était que la suite de la vie, en bien meilleure. Certes son amie meurt elle aussi quelques années plus tard mais ne serait-ce pas la volonté de Gwendy ? Effacer cette souffrance en donnant physiquement fin à son auteur serait sensé.

Seulement voilà, à la fin l’homme vient chercher sa boîte en acajou pour la donner à un autre enfant. Comment peut-on retirer le cercueil de quelqu’un ? Serait-ce une métaphore de la décomposition ? Une vingtaine d’années après sa mise en terre, il ne resterait plus grand-chose d’elle. Mais si cette théorie était la bonne, j’aurais aimé une réelle confirmation et je pense qu’on nous l’aurait donnée. Bien que l’ayant mise à l’épreuve, essayant de la confirmer à chaque chapitre, j’ai dû me rendre à l’évidence et l’abandonner sur la fin. Gwendy s’inscrit belle et bien dans l’histoire, évoluant aux côtés d’événements historiques et changera sans doute elle-même le cours de l’Histoire.

Pour pousser un peu plus loin, je dirai tout de même qu’on se situe, avec cette histoire, dans un entre-deux. Entre la vie et la mort selon ce que je vous ai raconté plus haut mais aussi entre le père et la mère. Le prénom que porte Gwendy est un mélange entre celui que voulait sa mère et celui que voulait son père pour elle. Elle est la fusion des deux, comme une construction commune de ses parents. Mais en même temps, elle n’est pas bien plus que cela. On est aussi entre le réel et le fictif. Une boîte avec autant de pouvoir n’existe pas. L’aurait-elle inventé ? C’était une option jusqu’à ce qu’elle serve d’arme. Si elle se matérialise si bien dans la réalité, comment ne peut-elle pas exister ? C’est donc un aller-retour constant entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est réaliste et fantastique. Un mélange de genres devient un mélange au sein propre de l’histoire. Enfin, nous suivons l’évolution de Gwendy, de son enfance à l’âge adulte. Nous passons donc le plus clair de notre temps avec elle à l’adolescence. C’est là, encore une fois, un entre-deux. Il s’agit d’une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte, une déconstruction qui se révèle être constructive.

La lecture de ce petit roman nous fait donc énormément réfléchir et nous fait sans cesse faire des va et viens entre plusieurs théories, sans pouvoir jamais avoir de parti pris. Comme d’habitude, j’espère que mon avis vous aura plu ! Si vous n’avez pas encore lu le livre, je vous invite à le faire. J’ai certes discuté de certains points que vous n’aurez plus à découvrir mais ils s’inscrivent dans un tout qui ne vous a pas été transmis ici.

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