En hiver

L’été n’avait pas été de tout repos. Elle avait travaillé, elle était partie en vacances et elle avait surtout eu chaud. Au bord de la plage, caressée par le vent et le bruit des vagues, le soleil qui frappait était le bienvenu. L’eau l’avait accueilli quand elle n’avait plus pu supporter ses rayons. Mais il avait frappé aussi lorsqu’elle avait travaillé. Cette fois, rien d’agréable. Elle devait bouger, transporter, s’efforcer. Sous la chaleur, tout était devenu plus pesant, plus épuisant, plus difficile. Et tout ce temps, elle avait rêvé du froid. Parce qu’elle n’avait plus réussi à dormir correctement, parce qu’elle avait passé l’été à être moite et à suer chaque fois qu’elle bougeait un doigt, elle l’avait souhaité de tout son cœur.

Alors soudainement…

L’hiver était là. Ce n’était pas parce qu’elle l’avait ardemment souhaité. Il est vrai qu’elle aurait aimé que ce soit le cas. Si on pouvait faire apparaître quelque chose simplement en le souhaitant très fortement, le monde serait tout autre. Donc l’hiver était là. La nuit s’allongeait et la fraîcheur était revenue. Enfin ! Mais tout le reste revenait avec aussi.

La nuit au milieu de l’après-midi lui permettait d’apprécier un peu plus les rayons du soleil de la journée. Bien que le premier réflexe soit de se plaindre de cette lumière qui s’éteint si rapidement, qu’en est-il de celles qui s’allument plus tôt ? Les illuminations pour la période de noël fleurissent dans les villes et colorent la nuit. Elles attirent l’œil, permettent de dérouler des souvenirs, des histoires ou tout simplement son imagination. Elles sont toutes différentes et toutes sujet à débat. Sont-elles mieux quand celles de l’années dernière ? Sont-elles moins belles que celles de la ville voisine ? Et cette maison, toujours si décorée, l’est-elle encore cette année ? Les lumières fusent, à la tombée de la nuit, et trouent l’obscurité.
La nuit qui arrivait de plus en plus tôt rallongeait paradoxalement les journées. Parce que naturellement, il lui était indispensable de terminer ses activités avant la tombée de la nuit. Alors quand elle arrivait, elle se demandait chaque fois si elle devait se faire à manger et terminer sa journée. Et chaque fois, elle se rendait compte qu’il lui restait encore quelques heures. Elle pouvait encore s’activer et travailler. C’était systématiquement un soulagement.

Les bougies étaient enfin de nouveau appréciables. C’était sans aucun doute la première habitude qu’elle avait reprise. Elle adorait les bougies parfumées. Elles donnaient visuellement de la chaleur à la pièce en même temps qu’elle parfumait la pièce. La jeune femme adorait rentrer le soir, craquer une allumette et enflammer une mèche. Ainsi, elle pouvait commencer sa soirée. La plupart du temps elle l’éteignait en dernier, après toutes les lumières, pour profiter un peu du halo de la flamme à travers le photophore.

Les épices du vin chaud qui parfument le fond de l’air quand elle se promène en ville fait remonter tant de souvenir à sa conscience. Cette période était souvent heureuse. Du moins l’était-elle principalement dans ses souvenirs. Toutes ces odeurs la rendaient heureuse, sans savoir exactement pourquoi. La jeune femme aimait se promener en soirée dans les rues chaleureuse de la ville. Les terrasses chauffées étaient bondées et les éclats de rire en émergeaient parfois. Les gens se réunissaient à la sortie du boulot pour boire quelque chose de chaud et décompresser de leur journée. Elle se baladait et se vidait la tête, profitait simplement d’être là, en vie, heureuse. Le froid lui faisait rentrer ses mains dans ses poches et le nez dans son écharpe. Mais elle n’en regardait pas moins le ciel et le sommet des bâtiments. Elle devinait parfois dans le ciel des étoiles, malgré les lumières de la ville.

La neige était tombée pour la première fois. Chose étonnante, elle avait tenue ! Pourtant la première chute fond souvent très vite, parce que la terre est encore trop chaude. Là, c’était comme si toute la chaleur de l’été avait disparu et que le froid s’était emparé du sol. Avant même qu’il fasse vraiment froid, avant même qu’il gèle et avant même qu’il ne fasse pas plus de deux degrés la journée. C’était incroyable. Le manteau blanc n’était certes pas lisse, il était troué par endroit et on pouvait voir le sol à travers. Mais tout de même ! Il neigeait et l’enfant qu’elle fut un jour s’émerveillait au premier flocon tombé. Lui revenaient en mémoire les heures qu’elle passait à regarder tomber la neige par sa fenêtre. Si elle regardait le ciel assez longtemps, elle se perdait dans la danse de flocons et avait l’impression qu’elle s’envolait avec eux.

Alors l’hiver qu’elle avait tant voulu lui remplissait désormais le cœur de bonheur. Et elle profitait de chaque instant, du froid et de la nuit.

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