La mer

Elle avait toujours vécu non loin de la mer. Elle était née à moins de 50 km du large et n’avait jamais connu rien d’autre que son climat. Il était assez étrange de noter qu’elle adoucit tant l’atmosphère. La grisaille, la pluie, mais aussi le vent constituaient un paysage particulier. Le ciel s’assombrissait et laissait à penser que la journée ne serait pas ensoleillée. Elle savait que la pluie qui l’accueillait le matin la raccompagnerait le soir. Mais elle appréciait l’été. Elle appréciait la chaleur acceptable, le soleil sous lequel on se reposait volontiers. Il était délicieux de pouvoir prendre la voiture pour passer un après-midi entier sur le sable. A écouter le son de vagues et à se laisser rafraîchir par le vent. Elle adorait sentir la mer. La voir de loin, savoir qu’elle s’en rapprochait faisait naître une joie immense en son cœur.

Cet après-midi, elle avait décidé d’y aller. Non pas pour lézarder, comme souvent en été. Cette fois, elle était accompagnée. Par cet ami si cher à son cœur qu’elle partageait sans retenue avec lui ses instants de contemplation. Ils marchaient sur le long du port et elle se laissait porter par les odeurs. Salé, humide, frais, l’air emplissait ses poumons. Elle ne pouvait s’empêcher de se dire qu’elle adorait la mer. Les bateaux qui flottaient à la surface offraient une palette de couleur incroyable. Si on regardait leurs coques d’un peu plus près, on pouvait voir leur nom. C’était toujours drôle de voir comment chacun avait nommé sa barque ou son bateau de pêche. Elle se disait que cela révélait sans doute quelque chose de son propriétaire. Choisissait-on le nom d’un bateau comme on choisissait le nom d’un chien ? Pour certains, il était un fidèle compagnon, ce qui leur permettait de vivre leur rêve d’évasion ou de nourrir leur famille. D’autres l’utilisaient uniquement pour voyager. Partir vers l’horizon, laisser leur souci sur le sol et se libérer de toute obligation, quoi de plus libérateur que de prendre la mer ? Naviguer sur les flots, se laisser porter au gré de ses envies, elle en rêvait depuis toujours. Elle en fit part à son ami et bientôt ils dépassèrent les bateaux.

Ils arrivèrent à la fin du port, là où autrefois se dressait tout un fort. Aujourd’hui, il n’y avait plus que des ruines et une tour encore fièrement dressée face au large. D’en haut, on devinait sa jumelle à l’opposé. Mais en haut, ils n’y étaient pas encore. Des pans de murs dessinaient encore les contours de la structure. On pouvait se perdre à penser qu’il y faisait bon vivre, pour une amoureuse de la mer comme elle. Cependant, il devait y pleuvoir souvent. Non pas longtemps, la mer soufflait assez fortement pour chasser rapidement le mauvais temps. Ou au contraire, elle amenait plus de nuages encore et des orages éclataient dans le ciel. Virulents et tonitruants, ils devaient effrayer ceux qui résidaient dans ce fort. Et si la mer se levait tant qu’elle engloutissait leur installation ? Certes une butte les surélevait assez pour que cela n’arrive pas trop vite. Ils auraient eu le temps de voir venir la catastrophe et d’agir en conséquence.

Ils continuaient de faire le tour du fort et rencontrèrent quelques chèvres. Elles servaient à entretenir la surface non négligeable délimitée par les murailles. Rien ne leur résistait : ronces, mauvaises herbes, houx, tout y passait ! Seul obstacle à leur totale liberté : un manque de clôture par endroits d’un espace bien trop grand. Alors elles avançaient en enclos et servaient à divertir les visiteurs. Une fois qu’ils ne furent plus distraits par ces bovidés, ils entreprirent de visiter la tour qu’ils évitaient depuis leur arrivée. Sans doute dans l’idée de se réserver le meilleur pour la fin.

Les marches étaient nombreuses, étroites et peu praticables. Une corde courrait le long de la pierre et ils pouvaient s’y agripper si un de leur pied leur faisait soudainement défaut. Les paliers étaient à n’en pas douter les bienvenus. De petites salles, parfois décorées de tapisseries ou de peintures, les y attendaient. Ils firent le tour de chacune d’elles, dans lesquelles ils firent chaque fois grincer le parquet. Plus ils montaient, plus les meurtrières offraient une vue qu’on devinait sublime. La lumière se fit de plus en plus présente à mesure qu’ils s’approchaient du sommet. Le vent s’infiltrait dans l’escalier et bientôt ils furent au sommet. Le ciel bleu parsemé de nuages les surplombait de nouveau. Ils s’avancèrent jusqu’au bord et la mer s’offrit à eux. S’ils regardaient en bas, des fleurs couvraient une partie de la pente de la butte. On voyait s’y dessiner des sentiers, qui menaient comme ils le verraient d’eux-mêmes plus tard, à quelques ruches.

Le ciel quant à lui, se mêlait à la mer, sur la ligne d’horizon. Ils restèrent ici un moment, à contempler cette étendue, caressés par le vent. Elle pensait à tous ces voyages qu’elle aurait voulu faire. Elle aurait peut-être navigué si elle en avait eu l’opportunité. Et quand elle se disait qu’il aurait fallu la créer, cela perdait de son importance. Un jour elle apprendrait. Mais aujourd’hui, elle se contentait encore de rêver. Plus on éloignait son regard de la terre, plus le bleu devenait profond. La surface se lissait à mesure que les vagues se mourraient sur la côte. On devinait sans peine l’embrun au-dessus des flots. Et on aurait voulu se perdre pour toujours dans cette contemplation.

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