Evoluer avec son corps

Dans cette société qui requiert un corps idéal et une beauté standard, j’ai la chance de ne jamais avoir eu une silhouette qui s’en éloignait trop. Je suis de taille et de corpulence moyenne, une taille plutôt marquée ainsi qu’une poitrine et des hanches dans la moyenne. Je fais une taille 38 ou M donc medium. Je n’ai par conséquent pas de mot plus adéquat pour définir mon corps. Je sais qu’avec cet article je m’aventure sur une voie très délicate mais j’aimerais aussi rappeler que ce qui va suivre n’est rien d’autre que mon ressenti à propos de mon corps au cours de mon développement. Je ne cherche absolument pas à généraliser mais seulement à expliquer mon cheminement et par là peut-être en aider certains. Tout ceci n’est que mon expérience et est par conséquent subjectif.

Enfant, je n’ai jamais douté de mon corps. C’est-à-dire que je le savais capable de beaucoup, je connaissais son potentiel et je n’hésitais pas à l’utiliser. J’ai fait du judo et de la danse, je l’utilisais principalement pour faire des activités, du sport ou simplement communiquer. Je n’avais pas encore conscience de l’image que je pouvais renvoyer et de son importance. Cette prise de conscience s’est faite quand je suis rentrée au collège. A mes onze ans je me suis heurtée aux autres et à la société. La petite fille que j’étais a toujours rêvée d’avoir un cartable à roulettes. Mais arrivée au collège, lorsque je l’ai enfin eu, je me suis rendue compte que c’était associé à un âge en deçà du mien et que c’était source de moqueries. Je pense que c’est en partie ce qui, en vérité la seule chose dont je me souvienne, m’a donné conscience que je dégageais une certaine image. Cette image a pris de l’importance au fil des années. Suite à cela, j’ai par exemple voulu avoir une vraie coupe de cheveux. Jusqu’alors ma mère me les coupait et cela me convenait parfaitement. Quand j’ai été amenée à me comparer aux autres, à échanger avec eux sur ce qui se faisait ou ne se faisait pas physiquement parlant, j’ai voulu changer certaines choses de mon apparence. Je tiens à préciser que lorsque je parle de ce qui se fait ou ne se fait pas, je parle de ce qui est socialement dicté, que ce soit par la mode, par les idéaux de beauté ou par toute autre chose du même acabit.

Durant cette période, j’ai aussi expérimenté les changements liés à ma puberté et ce de manière plutôt sereine. Comme toutes les jeunes filles de douze ou treize ans, je me posais beaucoup de question sur la manière dont je devais les appréhender mais je ne les ai jamais rejeté et ai toujours cherché à les comprendre. Je pense que c’est très important parce que je continuais alors d’entretenir une proximité avec mon corps et j’évoluais à travers lui et avec lui. C’est quelque chose qui à mon avis a modelé le rapport que j’ai avec ce dernier aujourd’hui. Au collège, je n’avais pas d’activité sportive en dehors des cours d’EPS et je pense que ça m’a manqué. Ayant quand bien même l’opportunité d’habiter dans une ferme, chose que je ne vivais absolument pas de cette manière à l’époque, je pouvais me dépenser à loisir, en me baladant, en courant, en me faisant des cabanes et en grimpant un peu partout. Vous le savez, je suis féru de lecture et à cette période, je lisais Pierre Bottero avec sa trilogie qui m’a transportée, celle d’Ellana et de la guilde des marchombres. En parallèle de tous ces changements dû à la puberté, j’étais extrêmement consciente de mon corps et j’ai cherché à le rendre utile et pratique. Cela m’a permis de lui faire confiance et de savoir qu’il n’était pas qu’un obstacle ou qu’une coquille dont il me tardait de me débarrasser.

Quand je suis rentrée au lycée, je me suis confrontée à un autre monde où l’image était réellement importante et où je pensais devoir me définir pour ce qui marquerait mon entrée dans ma vie d’adulte. Aujourd’hui il m’apparaît très abstrait de mettre un âge précis sur l’entrée dans l’âge adulte mais lorsque j’avais quinze ans, il me semblait qu’il ne me restait que trois ans avant d’en devenir une. Je ne voulais pas rester cette fille un peu à l’écart qui n’avait pas les mêmes intérêts que toutes les autres et qui n’était pas capable de comprendre ce que la société attendait d’elle. J’ai donc changé ma garde robe, petit à petit, en choisissant moi-même mes vêtements. Les vêtements ont joué un rôle très important pour moi parce qu’ils devaient transmettre la bonne image. Ils ont fait partie d’un processus très long qui n’a réellement pris fin qu’à mes vingt-et-un ans. Aujourd’hui ils reflètent ma personnalité que j’assume pleinement mais j’ai mis du temps avant d’en arriver là. Lorsque j’étais au lycée donc, je ne savais pas vraiment me mettre en valeur et c’est quelque chose d’assez compliqué quand on grandit encore et que nos formes de femme ne cessent d’apparaître un peu plus chaque jour. A ce stade, mon corps était devenu un moyen de me cacher et de me fondre dans la masse. Je voulais ressembler aux autres pour qu’on ne sache pas qui j’étais, étant persuadée que si on le savait, on ne m’aimerait pas voire pire on me rejetterait. Quand tout le monde avait des complexes autour de moi, je n’en avais pas vraiment. Je n’étais pas en surpoids, je n’étais pas grasse, je n’avais pas des cheveux en mauvais état. La seule chose sur laquelle j’ai pu faire une fixation pendant quelques années a été l’alignement de mes dents. Il n’était pas parfait, et ne l’est toujours pas, mais je me suis rendue compte que personne ne le remarquait vraiment à moins que j’aborde moi-même le sujet.

En parallèle du lycée et des codes que j’y apprenais, de l’épilation au maquillage en passant par la coiffure et les vêtements qui me mettaient en valeur, j’ai repris le sport. Je me suis inscrite à un cours de danse hip hop, qui ne m’a pas vraiment plu et que j’ai quitté en même temps que le lycée. Je me donnais aussi à fond dans les activités sportives au sein du lycée, c’est-à-dire la course – j’allais courir en dehors des cours pour maintenir mon niveau – ou encore la danse, le badminton, le volley et j’en passe ! J’ai donc appris avec mon corps à bouger, à communiquer avec les autres et à aller au bout de ce que je pensais être mes limites. J’ai donc appris que si je ne courais pas pendant un moment, je perdais de l’endurance mais que cette endurance je pouvais la récupérer en reprenant un entraînement régulier. La nourriture n’ayant jamais été un souci pour moi, j’ai aussi appris à manger sainement et à ma faim mais sans jamais dépasser les doses nécessaires. Ce qui pourrait aussi s’apparenter à du sport mais que je qualifierais plus de maîtrise de soi a été l’apprentissage de la prise en main d’un cheval à pied. Ma mère étant passionnée de chevaux, j’ai pu apprendre à les guider et à communiquer avec eux grâce au positionnement de mon corps. J’ai aussi développé cette énergie intérieure dont je n’avais pas conscience pour ensuite pouvoir la doser à travers mon corps. Maîtriser finement mes mouvements a été assez libérateur parce qu’alors l’image que je dégageais n’avait plus aucune importance face au positionnement que je pouvais adopter et à l’énergie que je devais dégager.

Après ça, je suis rentrée à l’université et je subissais alors encore énormément le regard des autres. Je cherchais sans cesse confirmation d’une certaine forme de beauté, je ne cessais de me comparer aux autres et j’avais une piètre estime de mon physique. On m’a alors dit énormément de choses qui ne m’ont pas aidée sur l’instant mais qui ont participé à la construction de l’image positive que j’ai de moi-même aujourd’hui. J’ai pu entendre des « C’est vrai que tu n’es pas très jolie, heureusement que tu as ton corps. » que j’ai très mal pris, alors que j’aurais du entendre par là que cette personne ne me trouvait pas spécialement jolie ou qu’elle jalousait assez mes courbes pour me piquer là où elle savait que ça ferait mal. J’avais sans cesse des réflexions du genre et je dois dire que le début de ma vie sexuelle et l’épanouissement que je pouvais y trouver m’a fait énormément de bien à ce sujet. J’étais considérée en tant que femme et femme libre de faire ce qui lui plaisait de son corps. Le regard des autres a alors réellement perdu en puissance jusqu’à ne plus compter du tout. Je me suis sentie de mieux en mieux avec mon corps, au fur et à mesure que j’apprenais à le connaître un peu plus. C’est cependant un chemin que je ne cesserai jamais d’arpenter puisque mon corps ne cessera jamais d’évoluer. J’espère le découvrir un peu plus chaque jour et j’oeuvre d’ailleurs en ce sens.

Ce que je veux partager ici est mon expérience personnelle et mon cheminement vers une osmose entre mon corps et mon esprit. Ils ont toujours plus ou moins avancé ensemble et il me tient à coeur que ce soit toujours le cas. Il est important aussi pour moi de vous dire que la société n’est pas la seule raison de tous les maux et de tous les bénéfices, que votre corps n’est pas seulement son image et que votre rapport à lui est plus complexe qu’un regard dans le miroir. Il n’est pas uniquement sexué et standardisé. Il vous sert aussi chaque jour dans les tâches de votre quotidien. Il vous permet de ressentir, de vous exprimer, de vous épanouir. Et j’entends très souvent les femmes, en particulier, parler de leur rapport au corps en le réduisant à son apparence purement et simplement de manière esthétique. C’est sans aucun doute parce que c’est ainsi qu’on apprend à en parler et que c’est ancré dans l’inconscient collectif qu’un rapport au corps ne peut être qu’esthétique et non fonctionnel. Il m’importait donc de vous apporter cette dimension et qu’elle ne survienne pas nécessairement suite à un accident ou à une maladie qui pourrait affecter cet aspect. Je pense qu’il est bon de ne pas voir son corps uniquement comme une silhouette. Là n’est que mon avis mais j’ose espérer que cela pourra en aider quelques uns !

Cet article est très superficiel et retrace globalement ce que j’ai pu expérimenter. Si un de ces moments mériterait selon vous d’être approfondi, je vous invite à m’en faire part dans les commentaires et je vous le détaillerai dans un prochain article avec grand plaisir.

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