Gérer sa santé – Deuxième partie

La dernière fois je vous avais laissé à l’entrée de la salle de réveil, grelottante sur un brancard. Je suis restée là-bas une bonne heure à attendre qu’on m’emmène au bloc, temps que j’aurais pu passer à lire mon livre au chaud dans la chambre, parce que le chirurgien n’était pas prêt à l’heure fixée. Cette heure m’a paru interminable. N’ayant plus mes lunettes et étant sévèrement myope, je fixais le plafond à défaut de pouvoir regarder autre chose. Pendant ce temps, j’ai eu tout le loisir de penser à ce qui allait m’arriver et de m’imaginer les pires choses. Je suis d’un naturel optimiste mais puisque je n’avais qu’à penser à l’opération et ses suites, mon cerveau m’a rappelé que ce n’était pas sans risque. A ce moment, j’ai souhaité ne pas être seule de tout mon coeur. Au mieux qu’une personne soit à mes côtés pour me parler et me distraire, au pire qu’on m’attende dans ma chambre suite à l’opération. Une amie viendrait me chercher pour que je puisse sortir le midi mais je savais qu’elle ne serait pas là à mon réveil. L’arrivée du chirurgien a donc été une délivrance. Enfin j’allais arrêter de penser, repenser et re-repenser les choses !

Ayant appelé la veille, on m’avait assuré avoir la radiographie de ma mâchoire mais je crois qu’il y a eu un souci puisque le chirurgien ne l’avait pas vraiment en arrivant. Je vous conseille donc, quoi qu’on vous dise, de prendre votre radio avec vous. C’est assez important compte tenu du fait qu’on va vous retirer des dents sous anesthésie générale et que vous ne voulez pas qu’il y ait de complication. Cependant je ne l’avais pas avec moi et j’ai donc été emmenée en salle d’opération sans vraiment savoir comment il allait se débrouiller. On m’avait dit que lors de l’anesthésie j’allais sentir mon bras comme brûler mais que j’allais m’endormir avant que cela devienne insupportable. Je me suis donc concentrée là-dessus et ça s’est révélé vrai. Une fois passé le coude, j’ai perdu conscience. J’ai essayé de penser à quelque chose d’agréable mais, vous savez, quand vous voulez le faire vous pensez plus au fait de devoir le faire qu’à le faire vraiment. Certains essaient de lutter mais je ne suis pas dingue : si on me charcute, je préfère vraiment m’endormir sans risque de me réveiller en plein milieu.

La prochaine chose dont je me souviens : les rayons du soleil qui filtraient par la fenêtre en face de moi et un homme qui gémissait de douleur dans le lit d’à-côté. Je n’ai absolument pas compris ce qui se passait mais je n’ai pas du tout paniqué. Quelques regards autour de moi pour reconnaître le terrain, j’ai repris mes esprits et je me suis dit que tout devait s’être bien passé. J’avais des compresses dans la bouche et comme on m’a de suite dit de ne pas y toucher, je n’y ai pas touché. Je ne sentais pas vraiment ma bouche et j’ai commencé à beaucoup parler. Je n’avais plus de filtre et tout ce à quoi je pouvais penser sortait à voix haute. J’ai donc donné des conseils aux infirmières pour que l’homme à côté de moi se taise – il était persuadé qu’il allait mourir – et j’ai attendu de pouvoir remonter dans ma chambre. C’est une partie dont je me souviens moins bien mais je sais que j’étais de très bonne humeur. L’absence de douleur, les contre-coups de l’anesthésie et le soulagement que ce soit terminé m’ont mise dans une sorte d’état d’euphorie. Evidemment je n’en avais pas conscience donc pour moi tout était normal. J’étais juste de bonne humeur et je ne sentais pas encore la douleur. Et je ne l’ai d’ailleurs jamais vraiment ressentie, sans doute parce que j’ai suivi scrupuleusement les prescriptions qui m’ont été données.

Une fois remontée dans ma chambre j’ai pu reprendre ma lecture tranquillement. Le chirurgien est venu voir si tout allait bien et autant vous dire que j’étais encore shootée donc incapable de répondre vraiment. Puis l’amie qui devait venir me chercher pour que je puisse sortir est arrivée ! Elle était plus que bienvenue parce que, mine de rien, ça commençait à faire long. J’ai donc pu sortir, après avoir rédigé un chèque et avec toute la paperasse à transmettre à ma mutuelle. Tout ça a d’ailleurs été une galère pas possible, avec de nombreux coups de fils passés à ma conseillère ainsi que des démarches à refaire qui, je le pensais, étaient déjà réglées. C’est en sortant que je me suis rendue compte que je n’étais pas dans mon état normal. Mon estimation des distances était brouillée, mes dialogues n’étaient pas vraiment construits et j’avais ce trop plein d’énergie qui ne cadrait pas avec l’opération que je venais de subir. Avant d’arriver chez moi, nous sommes passées par la pharmacie pour récupérer mes médicaments : bain de bouche, anti-douleur et c’était tout. Je pense que les anti-douleurs ont bien fonctionné parce que je prends peu de médicaments en général. Mon corps étant donc peu habitué, les anti-douleurs n’ont pas perdu en efficacité.

Si la douleur ne s’est pas manifestée je n’ai tout de même pas pu mâcher et utiliser correctement ma bouche pendant au moins trois jours. Au bout de ceux-ci je pouvais bouger un peu plus mais sans grands miracles. J’ai donc du me nourrir exclusivement de liquide et si cette période peut paraître courte – et elle l’est par rapport à des périodes qui se comptent en mois – elle a pour moi été très longue. Comme je m’attendais à ce que ça passe plutôt rapidement, j’en ai eu marre très vite. Heureusement pour moi j’ai été opérée en février et la soupe n’était pas si terrible à boire, mais au bout de trois quatre soupes et le même nombre de compotes j’en avais tout simplement assez. Pendant ces trois jours, j’ai senti les contre-coups de la dissipation de l’anesthésie locale et avec la récupération de sensations dans ma bouche. Je sentais à nouveau mes doigts sur mes lèvres, ma langue contre mes dents et, bien que je n’ai pas eu d’œdème flagrant, le tout a bien désenflé. J’ai eu du mal à brosser mes dents pendant quelques temps, j’y allais doucement parce que je ne voulais pas arracher mes fils ni me faire mal. J’ai passé beaucoup de temps à sentir avec ma langue ces fameux fils, pour voir s’ils tombaient seuls ou non. Mais je n’ai jamais fait quoi que ce soit pour les arracher, que ce soit tirer dessus ou simplement les toucher avec mes doigts. Risquer l’infection, très peu pour moi !

Je ne saurais pas vraiment vous dire au bout de combien de temps j’ai récupéré toutes mes sensations. Et à vrai dire, six mois après, je n’ai toujours pas de sensation de goût dans la partie droite de ma langue. Mes dents de sagesse n’étaient qu’au nombre de trois : les deux du haut et celle en bas à droite. C’est cette dernière qui posait souci puisqu’elle ne sortirait jamais et qu’elle poussait presque à l’horizontal, contre les autres dents. Elle a donc été plus délicate à extraire et je pense que le chirurgien a touché un nerf. On nous dit un peu partout que si au bout de six mois ça n’est pas revenu, c’est sans doute parce que le nerf n’a pas seulement été lésé mais sectionné. Je pensais sincèrement que ça allait revenir, j’ai même senti des picotements ces derniers mois, mais j’en doute aujourd’hui. C’est n’est pas quelque chose qui me dérange et qui m’handicape au quotidien. Je sens parfaitement le goût des aliments quand je mange et on va dire que je m’y suis habituée. Au début c’était étrange parce qu’anormal, ce qui ne l’est plus du tout aujourd’hui. Je ne suis pas non plus énervée ou rancunière parce que malheureusement c’est fait et si ça ne se rétablit pas seul alors ça ne se rétablira jamais. Je soupçonne la mauvaise préparation du chirurgien d’être la cause de tout ça. Je vous le répète donc : emmenez votre radio, quoi qu’on vous dise ou certifie.

Quant au reste je n’ai eu aucune complication. Pas de déclaration d’infection, de douleur anormale ou de gêne persistante et je suis vraiment contente que mes dents de sagesse ne soient plus là. Ma mâchoire ne s’est plus bloquée et n’a plus été douloureuse non plus, ce qui est un vrai soulagement. Après cette opération globalement réussie, je n’ai pas eu de souci de santé majeur jusqu’à fin avril 2018. A partir de fin avril, je suis entrée dans une période de travail universitaire intense puisque c’était la fin du semestre donc il y avait la nécessité de finaliser tous les dossiers dans toutes les matières. Il commençait aussi à faire assez chaud et certaines salles disponibles pour travailler n’étaient pas climatisées. J’ai alors pu expérimenter les délices des vertiges paroxystiques bénins. Ils sont provoqués par un déplacement des cristaux dans l’oreille interne, cristaux qui sont responsables de l’équilibre. Ils peuvent provoquer des vertiges passagers, le matin par exemple lorsqu’on se lève, ou vous coucher complètement et vous empêcher de vous déplacer. Evidemment, c’est cette grosse crise qu’il m’a été donné d’éprouver.

J’ai pu rentrer chez moi mais une fois arrivée dans mon lit, je n’ai plus pu me relever. Chaque fois que je mettais un pied parterre ou que je me retournais simplement dans mon lit, j’avais des nausées. J’ai été voir un médecin généraliste proche de chez moi pour qu’il me donne un diagnostique et des médicaments pour que ça passe. Il m’a donné des anti-vomitifs qui ont bien fonctionné et du Tanganil contre les vertiges. Ça a un peu amélioré mon état mais les vertiges n’ont pas complètement disparu. J’ai tout de même pris rendez-vous chez un ORL – conventionné secteur 1 qui prend la carte vitale donc je n’ai rien eu à payer le jour de la consultation – mais je n’ai pas eu ce rendez-vous avant un mois. Comme c’était urgent que tout ça disparaisse, j’ai pris rendez-vous chez un kinésithérapeute vestibulaire. Il a réussi à faire disparaître les sensations de vertige qui persistaient et ça a été un soulagement sans nom. C’est en cherchant désespérément des solutions sur internet que j’ai eu vent de l’existence de cette profession. Le médecin que j’ai été voir n’a absolument pas mentionné la possibilité de rencontrer un tel spécialiste. Pourtant j’étais au plus mal et je pense d’ailleurs que ç’a été le pire moment de ma vie. Je ne pouvais rien faire, j’étais dans mon lit, les yeux fermés, mais avec un tel mal de crâne que je ne dormais même pas. La seule chose que je pouvais faire était écouter de la musique ou tout autre chose. C’est là d’ailleurs que j’ai vraiment apprécié les livres audio.

Ce qu’il y a à retenir c’est que ça peut arriver à n’importe qui, n’importe quand, pour des raisons qu’on ignore. Ce n’est absolument pas rassurant mais je pense que mes vertiges ont été provoqués par de la fatigue intense. Ils ne sont pas à l’abri de revenir et j’ai actuellement du Tanganil chez moi pour parer à cela si c’est le cas. Je développerai l’incompétence de ce médecin et ce qui se profile pour moi niveau santé dans la troisième partie de cette série d’articles. Et en attendant n’hésitez pas à partager vous aussi vos expériences et à réagir aux miennes !

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